Entretien-vérité : Lamine Guirassy brise le silence et évoque son avenir politique

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Dans la deuxième partie de l’entretien qu’il a bien nous accordés depuis le quatrième étage de ses locaux, le PDG du Groupe Hadafo Médias, a abordé des sujets comme la politique en Guinée, son avenir politique, le remaniement du gouvernement, le retour des anciens, la place des guinéens de l’étranger, l’immigration clandestine, et même la question sensible du…troisième mandat.

De tous les sujets évoqués, l’homme, connu pour son franc-parler, ne tourne pas autour du pot. Au contraire, il dit les choses comme il les perçoit, de manière crue mais sincère. Au fond, c’est l’homme qui passe tout le temps à donner la parole aux autres, qui se dévisage. Et comme il le dit, il peut se tromper, c’est la nature humaine, mais il a le courage de dire ses pensées.

Parlant de son avenir politique, par exemple, l’animateur-vedettes des « Grandes Gueules » et concepteur de « Les Vrais Gens », il emprunte la langue de bois si chère aux présidents mais après tout, il se lâche. « Je ne vais pas me cacher derrière un micro. Le jour où je déciderai de faire la politique, je le dirai solennellement. Je ne laisserai personne le dire à ma place ».

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Guinéenews : votre analyse de la situation politique à la veille de votre rentrée 2017 ?

Lamine Guirassy : je constate assez d’inconstance. J’ai l’impression que c’est la politique du ventre vide. C’est normal de changer de camp, mais quand c’est trop flagrant, sans aucune vision derrière, j’ai juste mal pour mon pays. Mieux encore, je vois ces politiques-là dans des lieux ou dans des positions, pas du tout imaginables. D’où les excès à l’antenne. Souvent, certains me reprochent en disant que je parle à ces politiques, comme s’ils étaient mes élèves, mais c’est parce que j’ai mal parfois. Il n’y a rien de plus mal, que lorsqu’une personne vous ment en direct, alors que vous savez bien qu’elle ment. Cela me fait mal à la fin du compte.

Guinéenews : comment je vois notre classe politique dans trois à cinq ans ?

Lamine Guirassy : comment je vois cette classe politique dans deux à trois ans ? C’est le renouvellement, c’est la révolution. Surtout, avec ces artistes, qui disent non au troisième mandat. Pourtant, la société civile est là. La classe politique est là. J’ai l’impression qu’on n’a plus confiance à nos politiques. C’est une réalité. Malheureusement, je vois des gens qui changent de camp du jour au lendemain. C’est compliqué. A la fin, c’est un mélange de tout. Vous faites un article sur Guinéenews. Quelqu’un essaie de passer par votre épouse pour vous dissuader. Je trouve tout cela hallucinant. Nous sommes en 2017, il faut qu’on avance. On peut être les meilleurs amis du monde, mais quand tu déconnes, je dois te le dire, ça ne veut pas dire que je suis contre toi. Après tout, je fais mon métier de journaliste. C’est comme les gendarmes, les policiers. Malheureusement, tout est à l’envers en Guinée. L’argent circule à flot. Le peuple souffre. On voit l’état des routes. Il y a eu une révolution sous Conté entre 2006 et 2007. Je crains un syndrome pareil parce que c’est extraordinaire, la misère de notre peuple. J’ai trop mal.

Guinéenews : tu fais partie des personnalités les plus influentes en Afrique en 2016. Peut-on te compter parmi les candidats aux élections présidentielles de 2020 ?

Lamine Guirssay : je ferai comme le président Alpha Condé (il rit aux éclats).

Guinéenews : c’est-à-dire ?

Lamine Guirssay : c’est le peuple qui décidera (il rit encore aux éclats).

Guinéenews : mais on connaît Lamine Guirassy très direct et tranchant. Tu ne vas pas t’abriter derrière le peuple, quand même. Dis-nous ce que tu en penses.

Lamine Guirssay : le peuple va décider (il rit aux éclats).

Guinéenews : Lamine, lâche le morceau, tu n’as rien dit de clair…

Lamine Guirssay : je ferai comme le président Alpha Condé (rire). Mais pour être sérieux, il ne faut jamais dire jamais. Vu l’allure des choses, je pense qu’à un moment donné, soit je suis guinéen, soit je ne le suis pas. Je ne peux pas voir mon pays sombrer en disant que c’est impossible, alors que je peux faire quelque chose. On est à ce point aujourd’hui. Mais je ne suis pas un homme politique, encore une fois.

Guinéenews : pourtant, le mouvement que vous avez baptisé Les Vrais Gens, et que vous aviez lancé lors des GG Tours 2017, a été l’objet de plusieurs interprétations…

Lamine Guirassy : oui, on a rapporté pas mal de renseignements avec notre mouvement. Ils sont allés jusqu’à dire qu’il y a une idée politique qui se cacherait derrière notre mouvement. Après tout, qu’on soit journaliste, qu’on soit artiste, ou je ne sais qui encore, c’est la société civile. A un moment donné, on est interpellé. Quand ça ne va pas, on dit que ça ne va pas. C’est ce qu’on a fait avec les « GG Tour », que nous allons d’ailleurs reconduire du côté du Sénégal au mois d’octobre prochain. Pour nous, il est important d’écouter cette communauté guinéenne à l’étranger. Les Vrais Gens, c’est dans ce sens-là. Mais quand nous l’avions lancé, il a été transformé du côté de la présidence. Ils ont dit que c’est un mouvement politique. J’ai eu pas mal d’attaques dans tous les sens, y compris du côté de l’UFDG. Ce qui m’a vraiment étonné. J’ai eu ces échos aux Etats-Unis. On m’a appris que mes parents auraient été aperçus à Labé pour plaider les sages pour mon éventuelle entrée en politique. Mais je ne vais pas me cacher derrière un micro. Le jour où je déciderai de me lancer en politique, je le dirai solennellement. Je ne laisserai personne le dire à ma place. Je ne suis pas du genre à cacher ce que je fais. Je suis un homme libre.

Guinéenews : comment vis-tu ces attaques à outrance des détracteurs dans ta peau ?

Lamine Guirassy : s’il y a une fierté, je dirais que c’est cela aussi. Guinéenews est critiqué comme Espace ou Hadafo Médias. Mais si on est critique, cela veut dire que nous accomplissons, petit à petit, notre mission. Si c’est le pouvoir qui vous applaudit tous les jours, dites-vous qu’il y a un problème. Il y a l’exemple de la RTG. Loin de moi de critiquer ce médias d’Etat, ni de lancer un discrédit. Mais aujourd’hui, quand il y a des manifestations, rarement vous verrez la RTG sur les lieux pour couvrir la manifestation. C’est pourquoi l’opposition estime souvent que la RTG, c’est la voix de son maître. On ne peut jamais faire l’unanimité. Je pense que si on est une presse libre et indépendante, il arrive parfois que certains vous accusent de rouler pour tel ou tel camp. Moi, je le vis comme ça. Et je le vis très bien. On n’est jamais satisfait. Et partout, c’est comme ça. Vous avez vu Donald Trump aux Etats- Unis, il est diabolisé.

Guinéenews : votre télévision est suivie par la diaspora. Est-ce qu’après le Sénégal en octobre, iriez-vous à la rencontre du reste de la diaspora, qui vous réclame ?

Lamine Guirassy : quand j’ai été récemment à Washington, on m’a posé la même question. J’ai dit oui, qu’on est prêt à le faire. Mais le problème, c’est que je suis seul. Je n’ai pas d’associés. Ceci dit, on connaît comment les choses se passent sur le terrain. Le budget de notre dernière tournée en région forestière tourne autour d’au moins de 350 millions de francs guinéens (GNF). Au Sénégal, on ira avec les partenaires. On essaye le Sénégal. On verra, si d’ici la fin de la saison, on pourra faire un tour aux USA. Après, on verra. Nous sommes également sollicités à Bruxelles.

Après tout, c’est bien les guinéens de l’étranger mais pour nous, quand on fait le cumul et on regarde dans le rétroviseur, je vois encore ce peuple de la Guinée forestière, la souffrance que j’ai vue, l’abandon. L’Etat a carrément démissionné. Nous sommes en 2017. Mais si vous partez aujourd’hui à Lola, vous vous croyez en 1947. J’ai mal. J’essaye d’interpeller plusieurs ressortissants comme Domani Doré. Mais quand on me dit aussi que l’ancien premier ministre de la transition, Jean Marie Doré, était de Lola, je tombe des nues. J’entends dire que si tu occupes une fonction, tu dois penser à ta région. Moi, ceci n’est pas ma tasse de thé. J’entends souvent des rhétoriques pareilles lors des assemblées des partis politiques comme Bantama Sow au RPG Arc-en-ciel. Il se demande qu’est-ce que Cellou a fait pour le Foutah, quand il était ministre ou premier ministre ? Mais c’est aberrant. C’est la division. Pour moi, quand on est élu ou on occupe une fonction, c’est l’intérêt du peuple avant tout. Je suis de Boké mais je prends Lola parce que c’est l’exemple qui m’a déchiré le cœur.

Guinéenews : Le président Alpha Condé a procédé à un petit remaniement de son gouvernement. Mais le marquant majeur, c’est le retour des anciens ministres.

Lamine Guirassy : je vois cela comme le fruit interdit. Nous sommes douze millions de guinéens. Il n’y a pas que Bantama, il n’y a pas que Kourouma. Au contraire, il y a beaucoup de guinéens compétents. D’aucuns me diront que cela relève du pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat. Mais personnellement, je pense qu’il faut éviter cette tentation. A chaque fois, une petite voix résonne dans ma tête. Je me souviens ce que le président de la cour constitutionnelle avait dit lors de l’investiture du président.

Guinéenews : vous faites allusion au discours de Kéléfa Sall ?

Lamine Guirassy : justement, quand il avait conseillé le président de ne pas écouter les sirènes révisionnistes. Je peux me tromper mais tout ce qui se passe maintenant, pour moi, ça se confirme petit à petit. Mais on verra. On verra bien. Je pense que le président Alpha Condé aime bien la Guinée. Quoi qu’il arrive, il ira dans le sens de l’histoire.

Guinéenews ; c’est-à-dire ?

Lamien Guirassy : à un moment donné, il va falloir réveiller cette génération papy pour dire que nous ne sommes plus en 1940, ni en 1980, mais en 2017. Et en 2017, il y a une nouvelle génération, qui n’a pas connu celle de Sékou Touré. Peut-être c’est ce qui explique notre fougue. Ce qui se fait ailleurs peut se faire chez nous. Quand j’analyse ces nominations, je ne comprends pas le retour de Bantama dans le gouvernement. Il a été déjà ministre pour combien de temps ? Qu’est-ce qu’il va prouver ? On me dira que c’est la récompense. Mais est-ce qu’on a besoin de récompense aujourd’hui ? Quand on était nouvellement élu, d’accord les récompenses. Mais là, c’est comme si on veut préparer ces lieutenants. En disant que c’est maintenant ou jamais. Comment cela va se passer ? Gros point d’interrogation.

Guinéenews : les médias usent. Tu travailles de 5h à minuit. Jusqu’où vas-tu tenir ?

Lamine Guirassy : jusqu’où puis-je tenir ? Tant que je pourrais. Je pense à mes collaborateurs, je pense à mes auditeurs que je draine depuis dix ans. Espace aura ses dix ans en janvier 2018. Jusqu’où puis-je tenir ? Vous m’avez collé mais on verra bien. Je pense qu’aucun guinéen n’aimerait voir le bateau couler. Et quand cela arrivera, on mettra la passion de côté, pour s’occuper de notre patrie. Avant tout la patrie.

Guinéenews : Lamine, tu as la chance d’avoir vécu en Occident et d’investir aujourd’hui, en Afrique. Mais nous vivons un drame, qui passe sous silence, ce sont ces jeunes guinéens qui meurent en voulant rejoindre l’Europe. As-tu un message pour eux ?

Lamine Guirassy : tous les jours, j’y pense. J’en parlais la dernière fois à Claudy Siar. Personnellement, je comprends bien ces jeunes-là, parce que lorsqu’on est frappé par le désespoir, on devient des kamikazes, on est prêt à se suicider. Mais à un moment donné, on peut se dire que ça ne va pas aujourd’hui, mais ça peut aller demain.

Si on peut chercher légalement le visa pour aller en Europe, qu’on le fasse mais c’est jeter comme ça, c’est risqué et désolant. Parfois, les parents poussent les enfants. Si on est d’accord que les jeunes sont l’avenir de la Guinée, comment préparer alors la relève ? Je comprends bien ces jeunes mais, honnêtement, avant d’y aller, il faut réfléchir par deux fois. Et même en traversant, on ignore ce que l’avenir nous réserve là-bas.

Guinéenews : le 4 septembre, Lamine Guirassy reprend le micro, quel est son message ?

Lamine Guirassy : je lance un message d’union, entre nous la corporation. On est fort, quand on est uni. Même si les politiques essaient de nous diviser parfois. Nous sommes des concurrents, mais c’est dans la tête. Après tout, nous servons le même public.

Pour le public, les auditeurs et les téléspectateurs, je leur dis que cette détermination me manquait beaucoup. Mais à un moment donné, il est important de faire une pause. A chaque saison, c’est une nouvelle dynamique. Je souhaite enfin que les politiques puissent penser à ce peuple, qui souffre. C’est difficile de se lever le matin sans savoir si on pourra manger le soir. Eux ne connaissent pas ça. Ils ont assez de fric. En revanche, je vois chaque matin ces braves femmes de Matoto à 4heures du matin. Je vois d’autres personnes se battre. Il faut qu’on prenne notre destin en main, ça irait mieux demain, comme je le dis souvent. Moi, je n’ai aucun crédit pour ces politiques.

Guinéenews : dernière question, pourquoi Lamine Guirassy aime tant rire aux éclats ?

Lamine Guirassy : parce qu’il faut sourire à la vie, il faut sourire à la vie, dis-je. Je ris beaucoup pour essayer de dédramatiser certaines choses. Pour moi, la vie est faite de vicissitudes. Des moments de drame comme des moments de forte tension, où on peut se surprendre sans le savoir. Il faut sourire à la vie. Mandela aimait beaucoup sourire.

Guinéenews : donc, vous êtes Mandela, vous aussi ?

Lamine Guirassy (il rit aux éclats) : je ne suis pas Mandela. Ah non, pas du tout (il rit encore aux éclats). Mais après tout ce qu’il a subi, 27 ans de prison, c’est comme il n’a rien subi.

Guinéenews : Je vous remercie

Lamine Guirassy : c’est moi qui vous remercie.

En début de semaine, nous publierons la version vidéo de notre entretien en intégralité.

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