RENTREE SCOLAIRE : le calvaire des parents

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En cette veille de rentrée scolaire, les parents d’élèves sont angoissés. Tous ou presque sont en proie à une fébrilité et à des tourments liés aux frais se rattachant à la rentrée prévue pour le 15 septembre prochain. Chez eux, l’inquiétude est d’autant plus grande que l’on sort à peine de la fête Tabaski qui les a obligés à mettre la main à la poche. Or, en Guinée, les études coutent de plus en plus chères.  

Pour Ousmane Bangoura, fonctionnaire d’Etat, c’est surtout le hasard du calendrier qui n’est pas favorable : « quand on pense à l’ouverture des classes alors qu’on vient de finir la fête de Tabaski, c’est tout simplement invivable ». Dans son cas précis, M. Bangoura avait en effet déboursé 1.500.000 GNF pour s’offrir le mouton de fête. Deux semaines après, il devra assurer la rentrée scolaire pour cinq élèves, « alors que je n’aurai pas perçu mon salaire », précise-t-il avec une pointe de complainte dans la voix.  Des cinq élèves à sa charge, deux font le collège et lui coutent 80.000 GNF chacun par mois.  Pour chacun, il devra donner une avance de trois mois. Ce qui lui fera un total de 480.00 GNF. Quant aux trois autres, en cumulant l’avance qu’il devra verser au compte de chacun, il estime qu’il lui faudra débourser plus d’un million de francs guinéens.  Encore que, précise-t-il : « Là, nous ne parlons que de la scolarité. J’en suis déjà à des millions. Or, il me faut aussi acheter les fournitures scolaires ».

Or, ces fournitures scolaires, c’est l’autre paire de manche.  Justement, Ansoumane Cissé, professeur dans un lycée public de la commune de Kaloum, en sait un rayon.  Père de 4 élèves dont une qui vient d’avoir son Certificat d’études élémentaires et trois autres qui sont encore au niveau primaire, Cissé, particulièrement vulnérable face à la conjoncture qui tenaille le pays,   n’a pu acheter que quelques fournitures scolaires dont les 4 sacs qui lui ont coûté 400.000 GNF.  Il a aussi réussi à leur trouver des uniformes neufs, pour dit-il, leur « permettre au moins de commencer le premier jour ». Pour son excuse, M. Cissé confie : « Vous savez, après la fête ce n’est pas facile. En tant qu’enseignant, une fois qu’on a perçu le salaire des deux mois de vacance, il n’y a plus rien ».

Fodé Camara, lui, est de la catégorie des Guinéens au revenu plutôt substantiel. Evoluant dans le secteur du commerce informel, il est père de trois enfants tous inscrits dans des écoles privées, avec un premier à la maternelle et les deux autres, respectivement en 8ème et 10ème années. Mais Fodé avoue : « cette année, je  prépare difficilement  la rentrée scolaire de mes enfants ». Pour autant, à la différence des deux précédents intervenants, il a réussi à payer l’intégralité des frais de scolarité de deux des enfants :

Pour celle qui fait la 10ème année, j’ai payé 3.800.000 GNF au titre de toute l’année. Pour celui qui fait la 8ème année, j’ai payé 2.400.000 GNF. Pour le dernier, je dois payer 1.200.000 GNF. Ce n’est pas encore fait.

En cette période des préparatifs de l’ouverture des classes, il ne faut surtout pas se fier à l’apparence.  Ainsi, nous avons aussi croisé une travailleuse de banque qui, dans son tailleur, ne laisse point transparaitre les difficultés qu’elle nous a pourtant confiées. En effet, à notre reporter, elle a avoué :

Pour ne pas que mes deux enfants restent à la maison, j’ai contracté un emprunt pour m’acquitter de ce devoir. En ce qui concerne les fournitures, j’ai déboursé 550.000 GNF pour en acheter une partie. Quant à la scolarité, j’ai payé 720.000 GNF  au titre de l’avance pour  trois mois, en raison de 120.000 GNF par mois pour les deux

Enfin, dans le lot, il y a la catégorie de Makalé Fofana, vendeuse au marché Niger. Il s’agit de la catégorie des résignés, de ceux qui, croulant sous le poids des soucis et autres sollicitations, abandonnent. Elle s’en explique :

Moi je n’ai rien acheté, ni les fournitures, ni payé l’inscription. Car je n’ai pas d’argent et mon mari ne travaille pas. Je ne sais vraiment pas quoi faire. Donc, je dirais que mes enfants n’iront pas à l’école le 15 septembre 2017. Qu’ils attendent d’abord à la maison ou qu’ils portent leurs anciens uniformes ou s’y rendent sans uniformes.

Balla Yombouno

 

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