TOGO : enfin, une lueur d’espoir

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On n’en est sans doute qu’au début de la résolution de la crise togolaise, mais un ouf de soulagement ne serait point prématuré. Parce que dans cette même crise, la situation était telle ces derniers jours, qu’il y avait des raisons d’envisager le pire. Mais très heureusement, l’obstination des opposants rencontrant un certain réalisme de la part du pouvoir, le processus de modification constitutionnelle réclamée par l’opposition pourrait commencer dès ce jeudi. C’est du reste ce qu’a laissé entendre hier, le président du parlement togolais, à l’issue de tractations houleuses entre les principaux protagonistes. A priori, le pire est donc évité. A condition toutefois que les acteurs de tous les camps en présence fassent valoir la raison et la responsabilité jusqu’au bout du processus qui commence.

Un choix sagesse

Le président du parlement togolais a dû faire un choix. Entre les exigences acharnées de l’opposition en faveur de l’examen immédiat du projet de loi relatif à la modification constitutionnelle et l’obsession procédurière de la majorité présidentielle, Dama Dramani a pris le parti qui aide à préserver la quiétude et à éviter les violences et les affrontements. Ainsi donc, selon sa volonté, ce jeudi, les parlementaires togolais vont procéder à la clôture anticipée de la session qui devait initialement examiner le budget de l’institution. Conformément au vœu de la majorité présidentielle, le menu de cette session initiale ne sera donc pas perturbé. Mais pour la prise en compte des exigences de l’opposition togolaise, le président de l’Assemblée propose qu’une nouvelle session devant examiner le projet de loi du gouvernement, soit ouverte dans la foulée de la clôture de la session précédente. Avec cette formule, les députés du camp présidentiels sauvent la face, tandis que l’opposition obtient gain de cause. Du point de vue de la forme, les obstacles qui s’amoncelaient sur la voie de la modification constitutionnelle sont donc levés.

Des nouveaux couacs à ne pas exclure

Toutefois, sur le fond, on risque d’assister à de nouveaux couacs. Le principal point de discorde pourrait cependant être le caractère rétroactif ou non des nouvelles dispositions relatives à la limitation des mandats. L’opposition souhaite que la nouvelle loi qui sera adoptée puisse s’appliquer de manière rétroactive pour ainsi le président Faure Gnassingbé de briguer un nouveau mandat. En face, le pouvoir pense avoir déjà consenti assez de concessions pour ne pas avoir à céder sur ce dernier point. Les théoriciens du camp présidentiel arguent que le mode de scrutin ayant lui aussi, entre temps, évolué pour être à deux tours, les opposants ne devraient plus avoir à redouter une candidature du président sortant. Dans le pire des cas, ils pousseraient ce dernier à un second tour, pour ensuite former une coalition en mesure de le renverser.

Risque de volte-face

Même si cette présentation des choses relève davantage d’une vue de l’esprit, l’opposition se doit d’aborder cette question en se préparant à toutes les options. En effet, il y a certes un rapport de force qui semble favorable aux opposants et qui laisse croire qu’au vu des circonstances, ils pourraient obtenir tout ce qu’ils veulent. Cependant, ils n’ont pas intérêt à trop tirer sur la corde. Parce qu’en réalité, une ultime rebuffade des autorités et une radicalisation de leur position ne sont jamais à exclure. Or, dans cette dernière hypothèse, ce sont tous les acquis vers lesquels on s’achemine qui pourraient être remis en cause. Sans oublier que de cette dernière volte-face du pouvoir, pourrait rejaillir la crise avec des conséquences qu’on ne peut encore cerner quant à la stabilité du pays et à la sécurité des populations. D’où l’importance pour tous les acteurs de ne prendre aucune décision à la légère.

Boubacar Sanso Barry    

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